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La Femme Bilboquet 

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La femme Bilboquet, quel drôle de nom pour une compagnie!

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Pourquoi la Femme Bilboquet?

 Pourquoi ce nom bizarre? 

Quand nous préparons nos spectacles, nous sommes toujours en quête de documents nous permettant de nous imprégner de l'élan créateur et de la vie foisonnante  qui donnèrent  naissance aux vieilles chansons de la fin du 19ème et du début du 20ème siècle. 

Au hasard de nos lectures, nous avons découvert la vie aventureuse d'une personne exceptionnelle du tout-Paris des années folles, Mauricia de Thiers, racontée avec minutie et passion par Alain Woodrow, dans son ouvrage : La Femme Bilboquet paru en 1993. Fille d'un artisan coutelier de Thiers, Anaïs-Mauricia Bétant quitta à 18 ans la petite ville pour fuir la vie monotone toute tracée qui l'y attendait, et partit à l'aventure avec des rêves plein la tête.

On la retrouve, après un mariage raté, déguisée en Mauresque, vendant des produits d'Algérie à l'Exposition Universelle de 1900, et quelques années plus tard, étoile filante d'une attraction sensationnelle présentée aux Folies Bergères. En effet, en ce temps-là, les fêtes foraines et cirques rivalisaient d'attractions casse-cou,  "le cercle de la mort", "la cuve infernale", "le boulet humain", "la flèche humaine", "le tourbillon de la mort".  Pour ne pas être en reste, en 1904, la direction des Folies Bergères décida d'accueillir un numéro appelé l'Autobolide et installa une rampe dans le hall. L'inventeur du numéro avait pu apprécier le sang-froid dont Mauricia avait fait preuve lors des essais, dont plusieurs avaient été catastrophiques:  malgré ses blessures, Mauricia n'avait pas abandonné.  Certes, son rôle était passif, mais sa vie dépendait entièrement du matériel, et de la précision de la mise au point du numéro : elle embarquait à 15 m du sol dans une petite voiture, saluait la foule et donnait le signal du départ. L'engin effectuait une boucle croisée et retombait sur ses roues quelques secondes plus tard.

Affiche du Cirque Barnum annonçant l'attraction sensationnelle.

The Barnum and Bailey greatest show on earth. L'Auto Bolide thrilling dip of death. M'lle Mauricia de Tiers, the fearless, young and fascinating Parisian, in a dreadful, headlong leap, loop and topsy-turvy plunging somersault with an automobile [...]   Barnum et Bailey, le plus grand spectacle du monde. Le palpitant saut de la mort. Mlle Mauricia de Tiers, la jeune et belle parisienne intrépide, dans un plongeon effrayant  en automobile, avec boucle, culbute et  tonneau plongeant à l'envers  [...]

"Faut-il avoir faim pour faire ça !" s'exclama la belle Otéro qui assistait au spectacle couru par toutes les célébrités de Paris.

Oui, elle avait faim ... Faim de gloire, de reconnaissance. 

"Un lourd silence, le  moment de mon entrée dans la voiturette immobilisait le public. Quant à moi, je pensais que c'était peut-être ma dernière heure et trouvais cela très palpitant. Je souriais. La mort en beauté ! La salle pendant le fantastique trajet, haletait, crispée aux fauteuils. Sitôt le danger passé, la foule sortait de sa hantise, applaudissait, m'acclamait, me faisait un triomphe féerique. Je réalisais mon beau rêve."

Elle présenta l'Autobolide en province, en Amérique, en Russie, au Portugal où elle eut un grave accident. Puis un numéro semblable de saut périlleux à cheval que la SPA fit interdire. Enfin en 1906 elle s'élança dans les airs en Bilboquet humain : elle se tenait attachée dans une nacelle d'osier qui faisait un saut périlleux et s'enfichait sur un poteau en bout de course. Elle devint la " Femme Bilboquet."

En défiant la mort, la mort en beauté,  chaque soir, elle jouait sa vie pour les oh et les ah du public. Quel courage insensé, plutôt fataliste, il lui fallait  pour confier ainsi sa vie à une machinerie complexe sur laquelle elle n'avait aucune prise! Victoire admirable, pour un numéro dérisoire. 

Admirée, adulée, célèbre, elle montra dans ses amours tumultueuses la même détermination et la même passion que dans ses numéros de trompe-la-mort. Elle épousa en 1916 le journaliste, écrivain et critique d'art, Gustave Coquiot, et par lui découvrit le monde des artistes bohèmes de la Butte Montmartre. Tout naturellement, parce que Suzanne Valandon, la mère d'Utrillo, avait été trapéziste dans sa jeunesse avant de devenir modèle puis artiste-peintre elle-même, Mauricia Coquiot se lia d'amitié avec elle et rencontra la plupart des futures gloires de la peinture moderne: Dufy, Chagall, Picasso, Bonnard, Utrillo. Elle aidait sans compter les rapins  affamés.

Après le décès de son mari en 1926, elle entama une liaison passionnée, faite de ruptures et de réconciliations difficiles, avec le romancier, aventurier, passionné d'automobiles et politicien Jean de la Hire. Elle le quitta après qu'il se fût engagé nettement dans le fascisme, ce qui l'amena pendant l'Occupation à la Collaboration, alors qu'elle-même rejoignit la Résistance.

En 1943 elle s'installa près d'Ermenonville, à Othis, qui n'était alors qu'un tout petit village de 300 habitants. En 1945, après que le Gouvernement Provisoire du Général de Gaulle eût accordé aux femmesle droit de voter et d'être candidates, Madame Mauricia Coquiot y fut élue maire. Elle était l'une des toutes premières femmes à assumer cette fonction. Toujours réélue, elle occupa ce poste jusqu'à sa mort en 1964, à l'âge de quatre-vingt-quatre ans. Sa bonté était légendaire: il lui arrivait de vendre des tableaux de grande valeur pour aider ses administrés dans la gêne.

Quelle belle histoire! palpitante de vie, d'aventures et d'amour! romantique! édifiante! 

Du théâtre, qu'on vous dit ! 

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