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Il suffit de
peu, "récit à une voix" de Martine
Drai, mis en
scène par Florence Kolski, et interprété par Zhor Tazi
Le Populaire du Centre, juin 2005
LA BELLE AU QUAI DORMANT
Un conte social drôle et grave dans
lequel Georgette, naufragée de la vie, se raconte.
« Un jour de différence dans
toute une existence, ça n’a pas d’importance » semble-t-il, et
pourtant… Pour Georgette, 56 ans, spécialiste finitions et décoration
dans un atelier de couture, ce jour-là prend la forme d’un manteau
gris, rêvé obsessionnellement puis déniché chez Emmaüs. Une
réflexion aigre de la première d’atelier fait définitivement basculer
l’existence de la cousette, « 41 ans de fac-similé sur pattes,
penchée sur des oripeaux de luxe ». Valise en mains, Georgette
taille la route : d’abord l’hôtel, le temps de claquer ses
économies, et puis la cloche, les parkings de supermarché et les quais
de gare. Et aussi ce froid qui l’ habille désormais, la lâche le temps
d’une gorgée de whisky, les beaux cheveux en ruine et les dents
gâtées…
Zhor Tazi est cette Georgette
échouée dans une gare trop petite où elle « voudrait pas
mourir ». Cette femme qui a tout laissé, emportant juste quelques
frusques de sa vie d’avant, imitations d’un luxe illusoire. S’installant
dans le rôle avec assurance, Zhor Tazi incarne subtilement l’ambivalence
de son personnage qui, dans sa déchéance apparente, découvre qu’elle
a plus gagné que perdu. Sauvée par sa capacité à rire d’elle-même,
à se raconter aux passants qu’elle apostrophe avec humour et
autodérision. La comédienne sait trouver le juste ton, sans tomber dans
le misérabilisme ou la démonstration appuyée. Elle évoque sa dernière
rencontre avec un homme avec une verve irrésistible, une distance
finement ironique. Cet Anglais trop beau pour être vrai, ce tennisman à
l’égocentrisme pathétique, ne renvoyant les balles qu’à lui-même,
Zhor Tazi ne manque pas de souffle pour en faire le portrait : à
coup de formules bien balancées, genre fond du court, elle savoure sa
petite revanche de sans toit ni loi du haut de l’échelle d’arbitre
qui la rapproche du ciel.
En contrepoint à la traversée du
miroir par Georgette, une chanson très joliment interprétée par
Florence Kolski s’élève par moments pour scander ce conte social
drôle et grave, dont, outre la SDF et sa liberté retrouvée, les
protagonistes ne sont que des ombres chinoises s’agitant dans leur monde
de faussaires. Car les vraies princesses ne sont pas toujours où l’on
croit…
Marie-Noëlle Robert Le Populaire du
Centre juin 2005 |