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L’amour chanté à la
Passerelle.
« A l’enseigne de la
fille sans cœur » un spectacle à voir.
Régulièrement, nous voyons
apparaître des interprètes qui s’identifient à la Môme Piaf, tant
dans la tenue vestimentaire que les attitudes et la voix. Souvent, le
résultat est décevant.
Dans la création de la Compagnie de la Femme
Bilboquet, « A l’enseigne de la fille sans cœur », la
démarche est autre. Cécile Karaquillo qui interprète Piaf, ne cherche
pas à copier et laisse aller sa personnalité. Avec l’étroite
complicité de l’accordéoniste Christophe Dupuis et de Claude
Gélébart, metteur en scène, la jeune artiste apporte une bonne dose d’humour
et de dérision dans un répertoire qui, à l’origine, était
mélodramatique, susceptible de provoquer les larmes du public à tout
moment…
Dans un décor suggérant un bar, se succèdent
à un rythme d’enfer, les péripéties sentimentales, les échecs
amoureux, les querelles de ménages, les chagrins…de femmes et d’hommes
croisés, frôlés ou acoquinés.
C’est bien sûr l’amour sous toutes ses
facettes ou presque, qui est ainsi évoqué avec des tonalités
différentes au travers de chansons signées Michel Emer, Aznavour, Michel
Vaucaire, Villard, Marcel Achard…et bien sûr Piaf.
Les fameux « tubes » de la
chanteuse font l’objet d’un traitement particulier, à l’image de
« La vie en rose » interprété en anglais de façon
burlesque. Cela n’a rien à voir avec la version de Grace Jones !
Les frissons nous viennent en écoutant, dans
le noir du théâtre de la Passerelle, Christophe en train de jouer
« La foule » : la virtuosité au service de la
sensibilité et du lyrisme.
[Un] spectacle, fort agréable et habilement
construit…
Jacques Morlaud, L’Écho
du Centre, 26 novembre
2004.
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Cécile karaquillo à l’enseigne de la fille sans cœur
Accompagnée
avec brio par l’accordéoniste Christophe Dupuis, la comédienne et chanteuse
interprète joliment des chansons de piaf plus ou moins connues, dans une
ambiance de petit bar populo mise en scène par Claude Gélébart.
Ça
fait penser aux photos en noir et blanc de Brassaï, vers 1932, prises dans un
bar boulevard Rochechouart : il y a cette fille aux si beaux yeux mélancoliques,
vêtue de noir, mais un peu trop fardée, qui attend le client une cigarette à
la main, ça fait penser à Arletty et au Jour se lève de Marcel Carné,
ça fait penser aux romans noirs de Léo Malet. C’est l’univers de la Môme
Piaf, entre amour-passion revendiqué et désespoir, c’est le chant des
petites gens et des blessés de la vie. Il y a Christophe Dupuis, l’accordéoniste,
qui accompagne et donne la réplique, laisse parfois s’envoler avec virtuosité
les notes de son instrument - c’est le piano du pauvre, celui que l’on
trimbale dans les cafés et dans les cours et sur les faubourgs, celui qui
accompagnait les grèves joyeuses du Front Populaire pour faire danser dans les
usines. Il rappelle parfois une mélodie qui ne sera pas chantée mais donne
envie de l’écouter en rentrant chez soi, de préférence sur un disque qui
craque. Et puis il y a Cécile Karaquillo, avec sa robe noire, sa voix un peu éraillée
qui sert très bien le répertoire plutôt méconnu de Piaf, ses yeux qui vous
transpercent et son côté canaille dont elle joue à merveille lorsqu’elle
montre ses jambes ou la courbe de ses reins. Coiffée année 40, elle joue la
serveuse qui essuie ses verres au fond du café, pousse la chansonnette - comme
disait Montant - en laissant apparaître les fêlures, la tendresse ou la
violence. La mise en scène de Claude Gélébart est réussie, simple et
intelligente, un rien suffit pour accompagner les chansons : un regard dans
le miroir, un bouquet de roses, un revolver caché dans le vase, une ardoise ou
un magnétophone, un geste, un déplacement. Cécile Karaquillo est à son aise
autant dans le chant que dans l’interprétation, dans l’émotion et dans
l’humour : Piaf - la radicale du sentiment - fait parfois un peu peur…
Cécile sait nuancer sans trahir, intercalant au
besoin un refrain adéquat des Rita Mitsouko : « Les
histoires d’amour finissent mal en général… » ou pastichant fort
drôlement et comme il se doit « La vie en rose ». Alors on se
laisse emporter, c’est du Prévert, du Mac Orlan, c’est du Francis Carco,
c’est Edith Piaf et Cécile Karaquillo qui font mentir ensemble l’enseigne
qui indique que la fille est ici sans cœur.
Laurent Bourdelas, réseau radio RCF, 21 novembre 2004.
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